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Portraits de français à Oxford–
Profiles of French people in Oxford


#3 Steve Goddard

 

Steve Goddard: entre la politique anglaise et la littérature française

Vous avez peut-être entendu parler de lui durant la campagne électorale de mai 2010.   Vous avez même peut-être voté pour lui.  Steve Goddard était le candidat libéral-démocrate d'Oxford Est.  Battu par son rival travailliste Andrew Smith, il a réintégré ses fonctions habituelles, professeur de littérature française a l'Université d'Oxford.  French in Oxford a rencontré - en français- cet anglais francophile. 

Ce n'est pas difficile de deviner d'où vient son amour de la littérature: ses deux parents sont bibliothécaires.  Enfant plutôt timide, avoue-t-il, il a commencé à lire très tôt.  C'est par hasard, en revanche, qu'il découvre la littérature française.  Son directeur de thèse le pousse dans cette direction, et son doctorat étudie l'influence des classiques (Virgile) sur l'œuvre de Flaubert.  Vous n'y avez pas songé?  Vous n'êtes pas les seuls.  Mais Goddard soutient qu'il y a des échos de l'Enéide dans Madame Bovary (cherchez les parallèles dans la relation Emma/Rodolphe et Enée/Didon).

Alors comment s'est-il intéressé à la politique?  Dès ses années d'étudiant à Oxford.  La réforme du système politique anglais, l'environnement, la place de la Grande-Bretagne dans le monde, ces sujets qui lui tiennent à cœur le poussent naturellement vers le parti libéral-démocrate.  Devenu conseiller municipal en 1996, il occupe son poste jusqu'à sa décision de se porter candidat pour les élections nationales. 

Comment prend-il sa (troisième!) défaite?  Plutôt bien: "J'aurais voulu gagner.  On aurait pu le faire.  Mais nous savions que cela n'allait pas être facile..."   Les travaillistes étaient mieux organisés, selon lui.  Mais il regrette de n'avoir pas été là au moment "électrique" de la démission de Gordon Brown et pour la formation de la nouvelle coalition conservatrice/libérale-démocrate.  Il est même optimiste face à cette tournure des événements dans la politique anglaise: "On ne peut être sûr de rien, précisément parce que ce n'est pas arrivé depuis longtemps.  [Mais] j'ai l'impression que les partis veulent que ça dure." 

Le questionnaire de French in Oxford - Steve Goddard

• Aspect préféré de la vie à Oxford?
La diversité de la ville, culturelle, humaine.

• Endroit préféré à Oxford ou ses environs/en France?
• En France,Jardins du Luxembourg et Rastel d'Agay. A Oxford, le quadrangle de St. John.

• Mot ou expression anglaise préféré(e) ou destesté(e)?
"Like": les étudiants en abusent! 

• Livre ou film préféré en anglais/en français ?
Livre britannique : Lord of the Rings (Tolkien, 1954): pour son originalité par rapport à l'époque.

• Livre français : L'Education sentimentale (Flaubert, 1869). 

• Film français: "Cyrano de Bergerac" (1990) pour Depadieu: "Je l'ai vu deux jours de suite au cinema!"

• L’anglicisme ou l'expression française que vous avez du mal à éviter?
"Pattern" en anglais, est très difficile à traduire.

Mai 2010

 
   

 

#2 Linda Gil

Linda Gil

Le multilinguisme, c'est une histoire de famille pour Linda Gil, professeur de littérature française à l'école européenne de Culham.  Son père, un véritable polyglotte, avait comme langue maternelle le ladino, une version hispanisée de l'hébreu, et qui ressemble fortement à du vieil espagnol.  "C'est quand j'ai lu Cervantès que j'ai un peu mieux compris la langue de mon père", se souvient-elle.  Dans sa famille on a aussi parlé l'arabe, le français, l'anglais, l'espagnol, un peu de grec, de turc, d'allemand et d'hébreu.  Quant à Linda Gil elle-même, née en France, elle maîtrise le français, l'espagnol, l'anglais et a "réappris un peu" l'arabe. 

Ce n'est donc pas un hasard si elle enseigne aujourd'hui dans une école multilingue.  Après des séjours en Turquie, à Djibouti et au Costa Rica, elle est maintenant professeur de français à l'école europénne de Culham, où certains élèves peuvent apprendre jusqu'à cinq langues.  Les trois sections, français, anglais, allemand, sont scolarisées dans une de ces trois langues, mais dès le primaire, une autre langue est introduite, une heure par jour.  Au secondaire, graduellement, certaines matières sont enseignées dans la seconde langue.  Au programme de Linda Gil pour la section anglaise cette année: le mythe de Don Juan, un personnage visité par de nombreux auteurs européens, de Tirso de Molina, à Byron en passant par Molière.  "Nous travaillons encore un peu la langue, mais à ce niveau-là ce sont des cours de littérature, pas de langue."

Le futur de l'école est malheureusement incertain.  L'Union Européenne, qui avait ouvert l'école pour les employés de l'entreprise Jet, retire ses fonds.  Une fermeture de l'école européenne est donc planifiée, mais les échéances sont floues.  "On essaie de rester positif, mais il y a une grosse incertitude".  Le plan actuel serait de réouvrir une école axée sur les langues, sous la forme d'une "academy".

Pour Linda, le départ serait difficile.  "J'aime beaucoup Oxford.  J'adore la ville, l'université, l'architecture."  Le monde académique la fascine et elle-même n'a pas pu résister à l'attrait universitaire.  Elle prépare une thèse sur Voltaire, un auteur méconnu, selon elle, malgré sa popularité.  Le travail d'édition originale, explique-t-elle, a gommé plusieurs aspects de son œuvre et en a "momifié" d'autres.  "L'œuvre est monumentale", et on sent qu'elle prendra un vif plaisir à la redécouvrir. 

 

Le questionnaire de French in Oxford - Linda Gil

  • Aspect préféré de la vie à Oxford?
  • L'environnement universitaire. 
  • Endroit préféré à Oxford ou ses environs/en France? 
  • A Oxford: le 1er étage de Blackwells. En France; Belleville. 
  • Livre ou film préféré en anglais/en français ? (On a accepté qu'elle ajoute un livre en espagnol)
  • Jacques le Fataliste - Diderot
  • The Tempest - Shakespeare
  • 20 poemas de amor - Pablo Neruda
  • L’anglicisme ou l'expression française que vous avez du mal à éviter?
  • Anglicismes: "checker", "deadline". 
  • Difficile à traduire du français: "maladroit" dans son aspect diplomatique.

Janvier 2010

 
 

 

 

 

#1 Luc Borot

raymond blanc

  Luc Borot et les "experts de la complexité" de la Maison Française .

« La Maison Française est le seul institut de recherche de son genre à Oxford » m’annonce fièrement Luc Borot, Directeur de la Maison Française. On sent d'ailleurs une certaine originalité dès le contact avec la Maison Française (outre les moustaches très gauloises du directeur). L’architecture moderniste du bâtiment contraste sans complexes avec le style victorien de la rue de North Oxford où elle se trouve. Le centre lui-même est voué à la recherche, une recherche interdisciplinaire dans l’ensemble des champs des sciences humaines et de la société. Elle est pilotée par les chercheurs CNRS de la Maison Française et les partenaires dans l’Université d’Oxford.

Fondée en 1946 comme résidence pour les étudiants d’Oxford voulant étudier en contexte français, un centre culturel s’y ajoute dans les années 1950, pour devenir un centre de recherche il y a une dizaine d’années, son rôle actuel. Aujourd’hui le centre héberge les étudiants des universités principalement françaises, et favorise la recherche dans les domaines des sciences humaines et sociales, au niveau maîtrise, doctorant et post-doctorant.

Pas de mission de vulgarisation ici, explique Luc Borot. Les sujets de conférences et séminaires le prouvent. De «Doing Interdisciplinary Research on the Cusp of French Studies and Sexuality Studies » à « Psychoanalytical musings on Christ », on y trouve de tout, mais à la pointe de la recherche académique actuelle. « Nous sommes des experts de la complexité » renchérit Luc Borot, «...un laboratoire de recherche de pointe.» Soyez donc prévenus : la Maison Française n’est pas un institut culturel de masse. Si certains thèmes de conférences sont plus larges, comme la série de conférences sur Diderot, organisée en partenariat avec la Voltaire Foundation, la recherche n’en est pas moins poussée. « Il faut qu’il y ait des gens qui prennent le temps d’expliquer », souligne Borot. Comprendre les phénomènes de société, selon lui, c’est aussi accepter leur complexité.
Ce passionné de Thomas Hobbes au franc parlé se trouve donc bien à Oxford. Dans son. travail actuel, il n’y a jamais deux jours qui se ressemblent.

Le questionnaire de French in Oxford - Luc Borot

• Aspect préféré de la vie à Oxford?
Quand je ne travaille pas.

• Endroit préféré à Oxford ou ses environs/en France?
• En France, c'est facile: Place des Vosges, où je suis allé à l’école primaire. A Oxford, les jardins de Magdalen College.

• Mot ou expression anglaise préféré(e) ou destesté(e)?
Community (destesté)

• Livre ou film préféré en anglais/en français ?
Film britannique : « Brassed off » (1996); Film français : « Mon oncle » de Jacques Tati (1956).

• L’anglicisme ou l'expression française que vous avez du mal à éviter?
Dans les deux sens : « appreciate ». En anglais, «  appreciate » est neutre. « Apprécie », en français, est mélioratif.

Novembre 2009

 
   

 

 

 

 

 

 

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